La méthode Stephen King : analyse en 4 points

Comme tous ses fans, vous êtes épatés par son talent ? Vous vous demandez comment il parvient à vous envoûter dès les premières lignes de ses récits ? Le roi de l’horreur possède bien des savoir-faire. Découvrez dans cet article la méthode Stephen King décryptée en 4 points.

La méthode Stephen King, un guide précieux pour l'écrivain en herbe
Photo de Suzy Hazelwood sur Pexels.com

1. Planter le décor

Promenons-nous dans les bois

C’est l’#automneduking, les feuilles tombent, le soleil déclinant nimbe les collines d’un voile d’or et, dans les sous-bois, les ombres s’allongent… Ouvrir un roman de King, c’est se retrouver en terrain connu :

 Il était une fois une petite ville du Maine perdue au milieu des bois où, le soir venu, les voisins s’invitaient à boire des bières sur leur véranda, assis dans des rocking-chairs… 

Pour créer ces ambiances si particulières, King s’appuie sur son propre environnement. Parfois réels (Bangor), parfois imaginaires (Castle Rock), les théâtres de ses intrigues frappent par leur vraisemblance. De fait, ils ne naissent pas seulement de l’imagination de l’auteur, mais aussi de son observation du monde qui l’entoure. Il nous invite chez lui, en quelque sorte ! Les agences et guides de voyages l’ont compris : pour attirer les touristes dans le Maine, quoi de mieux que de leur proposer un circuit dans les pas de Stephen King ?

Autre trait saillant chez le maître de l’horreur, l’aisance avec laquelle cette atmosphère familière, d’abord si réconfortante, se charge soudain de menace. Transformer un bois joli en forêt sombre et oppressante, c’est assez facile. Mais s’il n’y avait que ça… Vous vous souvenez de Simetierre ? Ce n’est pas un hasard si les mentions de la terre, de son odeur en particulier, y sont si présentes. L’humus, pesant et gras, est le milieu sinistre où les morts reviennent à la vie… Brrr !

Contre-exemple : l’horreur au soleil

Vous me direz, Stephen King n’a pas situé l’intégralité de son œuvre dans le Maine (ou des décors semblables). Ça ne l’empêche pas de créer des ambiances tout aussi saisissantes quel que soit le décor de l’intrigue. Désolation m’a ainsi particulièrement marquée, avec son soleil de plomb qui chauffe à blanc le désert dans un ciel aveuglant où tournoient les vautours… LA lecture parfaite pour les vacances d’été !

2. Puiser dans la vie quotidienne

Références culturelles

Pour créer un puissant effet de réel, pourquoi se priver de ces références largement partagées que sont les marques déposées ? En plus, c’est une économie de mots considérable. Par exemple, au lieu de nous expliquer que La petite fille qui aimait Tom Gordon subsiste grâce à l’ingestion de gâteaux moelleux fourrés à la crème, l’auteur nous indique simplement que Trisha mange des Twinkies. Simple et efficace ! Enfin, à condition de partager la référence… J’avoue, à ma première rencontre avec un Twinkie, même si j’ai compris de quoi il s’agissait, je n’aurais pas été contre une petite note de bas de page 😉

Le baseball, élément incontournable de la méthode Stephen King
Photo de Steshka Willems sur Pexels.com

Les références culturelles sont multiples et variées. Chez King, elles reflètent souvent les préoccupations de l’Américain moyen (sans nuance péjorative). Le sport, en particulier le baseball, occupe ainsi une place importante dans son œuvre. De fait, la revue des écrits de King sur le baseball en atteste : c’est un fan ! Grâce aux références sportives, l’écrivain balise ses romans de repères familiers, tels le personnage du coach (L’Outsider) ou la jeune supportrice des Red Sox (La petite fille qui aimait Tom Gordon).

Plus encore que le réalisme, ces récurrences entretiennent un effet de proximité. En premier lieu, avec les personnages de King, ces Américains moyens qu’au fil des romans nous apprenons à connaître. Mais aussi (et surtout) avec l’auteur lui-même. À travers ces références culturelles, il nous parle de lui, de ses goûts, de ses préoccupations, de ses expériences. Si bien que l’écrivain aussi nous semble familier, comme un vieux pote qu’on retrouve avec plaisir à chaque nouvelle lecture. Arriver à se rendre si proche de ses lecteurs par le seul biais des romans, moi, je dis : chapeau, Mr King ! Ou plutôt sombrera.

Façons de parler

Là, je dois commencer par deux bémols :

  1. je n’ai lu aucun roman de Stephen King en V.O., j’ignore donc l’usage qu’il fait du registre familier, de l’argot et des accents, en particulier dans les dialogues (no, nope, nay, nah, naw : je vous défie de retrouver l’original quand la traduction française se contente de « non »),
  2. je sèche sur les exemples !

Sur la base des traductions, la langue de King me paraît simple et fluide, sans tournures alambiquées que, du reste, il ne recommande pas. Je crois qu’il imite parfois des façons de parler particulières, par exemple celle des jeunes enfants qui déforment les mots. Mais je confonds peut-être avec un autre auteur 🤔

Une chose tout de même : lorsque King veut nous immerger dans son univers, il n’hésite pas à créer son propre langage. Je pense ici au cycle de La Tour sombre, dont la majeure partie se déroule dans un monde proche du nôtre et pourtant bien différent. Là-bas, les gens croient (ou pas) en l’Homme Jésus, se protègent du soleil sous des sombreras à large bord et jurent par leur montre et leur billet. Leurs formules de politesse sont des plus élégantes, je trouve :

« Que vos journées soient longues et vos nuits plaisantes. » « Et le double du compte pour vous. »

Pour un relevé exhaustif, je vous renvoie à cette page consacrée au vocabulaire de La Tour sombre.

3. Animer la communauté

Roman choral

La méthode Stephen King : mettre en scène une communauté
Photo de Monstera sur Pexels.com

Les Américains ont un sens très fort de la communauté. Et les romans de Stephen King mettent en scène, davantage que la geste d’un héros solitaire, les péripéties rencontrées par un groupe de personnes. On pense bien sûr à la trilogie Ça, dont les chapitres adoptent les points de vue successifs des sept membres du Club des Ratés, dans leur enfance et à l’âge adulte. Outre le dynamisme induit par un changement régulier de point de vue, ce choix d’écriture favorise une meilleure connaissance des différents personnages. Le lecteur s’approprie aussi davantage l’histoire : chacun trouvera ainsi un membre du Club des Ratés auquel s’identifier.

Pression sociale

La communauté, chez King, est souvent ambivalente. Lorsqu’elle est soudée par un lien d’amour, elle s’avère source de réconfort, voire de puissance contre le mal. Ses membres semblent choisis par le destin qui, chez King, est loin d’être aveugle : les héros du Fléau se sentent ainsi attirés, appelés, vers la maison de Mère Abigail.

Mais la communauté ne revêt pas toujours cet aspect positif. Au contraire, le groupe crée de la souffrance chez ceux qui en sont exclus, telle l’héroïne de Carrie, trop différente de ses pairs pour en être acceptée. La communauté se fait même démoniaque comme dans Salem, lorsque tous les habitants ont succombé à l’épidémie de vampirisme. Cette tension entre les pendants positif et négatif des groupes sociaux est, de mon point de vue, l’un des traits les plus marquants de l’œuvre de Stephen King.

4. La méthode Stephen King, ou comment mettre un refrain flippant dans la tête des lecteurs

On a parlé décors, références culturelles, langage et personnages (un peu) : autant d’éléments à soigner pour créer un puissant effet de réel, une atmosphère où l’angoisse monte et une tension propice aux cataclysmes… Du bon gros travail d’écrivain, en somme 🙂

Mais savez-vous que, pour un véritable maître de l’horreur, trois mots suffisent à instiller le malaise ? « Vienne la moisson », ça vous dit quelque chose ? Cette phrase apparemment anodine de La Tour sombre est répétée comme un refrain (au moins dans le tome 4, peut-être avant). Ce refrain, lui, devient un peu plus menaçant à chaque occurrence… jusqu’à ce qu’on découvre ce qui se cachait derrière. Les « trucs » d’épouvante livresque ne marchent pas facilement sur moi. Pourtant, aujourd’hui encore, « Vienne la moisson » reste pour moi un refrain bien sinistre. 😰

Les romans de Stephen King laissent une impression vivace, c’est le moins qu’on puisse dire. Et vous, qu’avez-vous retenu de son univers ? Vous aimeriez y rester encore un peu ? Participez au challenge l’Automne du King lancé par Tomabooks !

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