Il était une fois Raymond Maufrais, explorateur

Je sais, vu le pitch de départ, vous vous attendiez à un conte d’horreur. Et voilà que je commence par l’histoire vraie d’un explorateur disparu dans la forêt guyanaise en 1950. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que son histoire m’a touchée. Parce que c’est ce que j’ai envie de vous raconter maintenant. Et parce que c’est moi qui décide, ah, mais !

Photo de Daniel Anuar sur Pexels.com

Un aventurier précoce

Raymond naît à Toulon le 1er octobre 1926. Il manifeste un goût précoce pour l’aventure en terre exotique : gamin, il fugue avec deux de ses amis dans le but de rejoindre les colonies. Chez les scouts, où ses qualités de nageur sont remarquées, il prend le nom d’Otarie téméraire… Tout un programme !

Pendant la guerre, Raymond souhaite s’engager dans la Résistance. Son projet de rejoindre l’Angleterre est cependant contrarié par un accident, la veille du départ. Qu’à cela ne tienne, l’adolescent de quinze ans se met à distribuer tracts et journaux du mouvement « Combat ». Il participe aussi au transport d’armes et de munitions. En 1944, au côté de son père Edgar, il prépare le débarquement de Provence et prend part à la libération de Toulon. Son engagement lui vaut d’être décoré de la croix de guerre et de la médaille de la reconnaissance française.

Raymond s’engage ensuite dans l’armée, chez les parachutistes. Manque de chance (ou pas), il est démobilisé en 1945. Se pose alors la question de son avenir professionnel, car il n’a clairement pas l’intention de devenir comptable comme papa.

Raymond Maufrais, journaliste

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Comme moi (comme vous, peut-être ?), Raymond aime écrire. Au collège, déjà, il s’est fait remarquer par son talent littéraire et affirme sa volonté de devenir grand reporter. Sans mauvais jeu de mots, la guerre lui a donné l’occasion de faire ses armes en tant que correspondant de presse. Mais Raymond n’aime pas seulement écrire, rappelez-vous : sa vraie passion, c’est l’aventure !

En juillet 1946, il part pour le Brésil, un territoire qui l’a toujours fait rêver. Il n’a ni argent ni projet précis, mais du culot et du bagout. Il parvient ainsi à intégrer une mission destinée à établir des relations avec les Chavantes, un peuple du Mato Grosso. 2700 km d’un trajet qu’on imagine pénible (on est quand même en Amazonie), et qui se solde par une retraite face à un accueil plutôt hostile… Peu importe : quelques mois plus tard, l’expédition tente un nouvel essai, plus fructueux cette fois. Raymond en est, il exulte. De retour en France, il donne des conférences et met au propre ses notes. Mais son récit de voyage, Aventures au Mato Grosso, laisse froids les éditeurs.

Pourtant, Raymond ne renonce pas. Après tout, il est jeune (21 ans à peine), il a des rêves plein la tête. Et un nouveau projet grandiose : traverser la Guyane française, descendre jusqu’aux monts Tumuc-Humac (la frontière avec le Brésil), et de là rallier Belém. Au passage, il entend lever le voile sur une mystérieuse tribu d’Indiens grands et blonds qui vivraient dans ces régions inexplorées. Tout cela à pied, en pirogue, et en solitaire. Le 17 juin 1949, il quitte la métropole en laissant derrière lui ses parents et sa petite amie.

Raymond se veut toujours journaliste, il part d’ailleurs avec une avance de la revue Sciences et voyages sur de futurs articles. Surtout, il emporte avec lui un appareil-photo et de quoi prendre en note son voyage, ses impressions, ses découvertes. Il compte bien, à son retour, tirer de son aventure un livre qui, cette fois, sera publié.

Raymond Maufrais, explorateur

Photo de John Cheathem sur Pexels.com

Je préfère vous prévenir : la fin de l’histoire n’est pas gaie. Après de longs mois de préparation, de doutes et de recherche effrénée d’un argent qui lui file entre les doigts, Raymond s’embarque sur le fleuve Mana, le 6 octobre 1949 à 2 h du matin. La remontée du cours d’eau est la première étape de son périple. À ce moment, il n’est pas encore seul, mais déjà plus très en forme. Toutes les personnes qu’il a croisées jusque-là – et elles sont nombreuses – l’ont prévenu qu’il courait à sa perte, mais il s’est entêté. La fatigue des efforts physiques intenses, la maladie et le « cafard », comme il dit, iront en s’aggravant.

Conformément à son projet, il finit par se retrouver seul dans la forêt avec Boby, le chien qu’un ami lui a donné. Raymond trace sa route à la machette et dépense beaucoup d’énergie à transbahuter ses affaires sur des cours d’eau encombrés. Il vit sur le pays ; du moins, il essaie, mais il ne trouve presque rien à chasser. La faim le tenaille, il perd ses forces et Boby, qui a faim lui aussi, devient parfois hargneux. Le 3 janvier 1950, après environ un mois de marche solitaire, Raymond finit par tuer son chien pour le manger. Et ce repas le rend malade.

L’ironique épilogue à la mort de Boby aurait pu être écrit par un romancier à l’humour très noir, vous ne trouvez pas ? Mais ce n’est pas tout. Je vous ai dit que Raymond s’était muni d’un carnet de notes ; eh bien, figurez-vous qu’il l’a scrupuleusement rempli tout au long de son aventure, jusqu’à la fin. C’est comme ça que nous savons pour Boby, pour le « cafard » dont Raymond souffre régulièrement, et le reste. La dernière note est datée du 13 janvier 1950. C’était un vendredi.

Dans les ultimes entrées de son carnet, rédigées à Dégrad Claude (dégrad étant un lieu de mise à l’eau d’embarcations), Raymond, très affaibli, revoit ses ambitions à la baisse. Il abandonne l’idée de gagner les Tumuc-Humac, espérant simplement atteindre le village le plus proche… qui se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres à-travers la forêt. Ce village porte le joli nom de Bienvenue : nouvelle ironie. Sans pirogue ni radeau, Raymond compte s’y rendre à la nage, en descendant la rivière.

En mars de la même année, un Indien qui passait à Dégrad Claude (pourtant un endroit peu fréquenté) y découvre des affaires abandonnées. Ce sont celles de Raymond. Poussant un peu plus loin, il trouve les traces d’un camp à environ deux jours de marche et de nage. Les affaires sont remises quatre mois plus tard à la gendarmerie qui entame alors des recherches. Le 7 juillet 1950, la presse française annonce la disparition de Raymond Maufrais, 23 ans. Personne ne l’a jamais revu.

J’ai encore beaucoup de choses à vous raconter, mais je sens qu’une pause s’impose… Me voilà comme Shéhérazade, à laisser l’histoire en suspens jusqu’à la nuit prochaine ! En attendant, chers amis, dites-moi : aviez-vous déjà entendu parler de Raymond Maufrais ?

L’histoire du jeune explorateur ne s’arrête pas avec sa disparition. La suite vous expliquera pourquoi Raymond hante encore nos mémoires

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